Raoul Laverdière

Le Gribouilleur


La grippe

Les remèdes d'hier...


À tous les automnes, les maladies courantes, comme le rhume et la grippe s'accentuent et nous courons vers les remèdes. Il en était ainsi dans les années 1940, mais les remèdes étaient fort différents. Les pharmacies n'étaient pas comblées comme aujourd'hui, mais il y avait les remèdes maison qui, d'après nos parents, étaient fort efficaces.

On a beau les appeler " l'onguent, le sirop ou le cataplasme à Mémère", ils ne manquaient pas de soulager tout autant que la pharmacie d'aujourd'hui.


Souffrait-on de la grippe, tout fiévreux, tout frileux ? Une bonne "ponce" (probablement le punch d'aujourd'hui) faite de citron, de miel, de gin et d'eau chaude avait souvent l'effet d'endormir la grippe. Il y avait le substitut du lait bouillant avec poivre, sucre et liniment qui faisait un bon effet. Quand la grippe et la fièvre étaient tenaces, une bonne mouche de moutarde sur la poitrine avec un bon bain de pieds à l'eau chaude, saupoudrée d'un peu de moutarde sèche, tout cela avant de se mettre au lit, remettait notre malade sur pied le lendemain. Ce traitement demandait souvent à être complété par du sirop d'écorce d'épinette rouge ou du sapin. D'autres y allaient d'un sirop de cocottes de vinaigriers et miel.

L'arrivée des remèdes de l'abbé Warre ou du sirop Lambert ne donnait pas de meilleurs résultats.


Pour le mal d'oreilles : quelques gouttes d'huile chaude avec du jus de citron et une poussière de clou de girofle. Pour d'autres, des tranches d'oignon. Quand le mal persistait, la fumée chaude de la pipe, soufflée dans l'oreille.


Il y avait aussi les remèdes de charlatans. Toute une ribambelle de précèdes, mi-médicament, mi-superstitieux, étaient recommandés pour les clous (furoncles), les panaris, les orgelets, les maux de gorge, etc. La fée Carabosse n'aurait pas fait mieux. Allez vous frotter sur l'auge des cochons pour vos oreillons. Frottez vos orgelets avec la queue de la chatte. Frottez vos verrues avec une patate coupée en deux et jetez la patate derrière vous sans regarder.


N'allons pas trop blâmer nos anciens de leur naïveté; aujourd'hui, alors que la science médicale a fait beaucoup de progrès, il y a encore des "soigneux du secret" qui reçoivent une clientèle assidue. L'auteur de cet article ne se rend pas responsable des effets secondaires de cette médication.


Raoul Laverdière, dit le Gribouilleur

 

 

    Mardi 27 octobre 2009

Par: Gribouilleur | Permalien | 5 commentaires |

Le curé de mon village

Comme on le voit, le curé avait un rôle de premier plan dans une paroisse.  Le monde rural, encore plus que l'urbain, subissait la dure poigne du clergé. Être nommé curé d'une paroisse pour tout prêtre séculier était peut-être le début d'une carrière prometteuse. II fallait d'abord faire ses preuves comme vicaire dans une paroisse importante. Si on avait les aptitudes nécessaires, on pouvait aspirer à devenir, en premier lieu, curé d'une paroisse de moindre importance.

 

La nomination dans une petite paroisse pouvait aussi signifier une rétrogradation, ou pour certains prêtres plus fortunés, mais aux compétences limitées, un endroit où les "placer". Saint Lazare était une petite paroisse de 700 âmes avec des moyens financiers plutôt limités. Les curés qui s'y succédèrent furent généralement des curés bien nantis dont l'indépendance financière leur assurait une domination bien sentie sur la paroisse.

 

Le curé vivait généralement dans un immense presbytère qui aurait pu accueillir une famille d'une douzaine d'enfants. C'était la fierté de chaque paroisse de construire un manoir pour leur pasteur. Ce dernier y vivait avec sa ménagère qui assurait l’entretien domestique. On retrouvait également le bedeau qui, en plus de l’entretien de l'église, servait d'homme à tout faire au curé. Lui et sa famille vivaient dans la maison tout à côté de l'église. Son salaire était souvent très mince. Généralement, il faisait d'autres travaux pour les gens du village et de la paroisse.

 

Quel était le travail du curé d'une petite paroisse comme Saint Lazare? Selon mes souvenirs d'enfance, je le voyais très souvent se promenant sur l'immense galerie qui faisait le tour du presbytère, lisant inlassablement son bréviaire. De plus, il célébrait la messe tous les matins, après quoi il recevait durant la journée quelques paroissiens ou paroissiennes venant le consulter sur toutes sortes de sujets. Souvent le curé était une des rares personnes ayant de l'instruction dans la paroisse, particulièrement là où on ne retrouvait ni médecin, ni notaire à demeure.

 

La vie dans ce grand presbytère devait être bien ennuyante, ce qui incitait les commères du village à faire souvent des allusions sur les relations intimes entre le curé et sa ménagère. Que de "cancans" sont ainsi partis du village vers la campagne environnante! Le curé de la paroisse devait également s'assurer que la morale de ses paroissiens était correcte. II intervenait régulièrement sur le nombre d'enfants de chaque famille. Si dans une famille on "sautait" une année, le curé s'imposait et demandait qu'on lui rende compte. C'est ainsi, que mon grand-père se fit dire par son curé qu'il n'avait pas fait son devoir, ce dernier n'ayant pas eu de naissance dans sa famille depuis un an. Pourtant, il avait déjà douze enfants! Ce n'était pas suffisant : encore et encore, tel était le leitmotiv de l'Église et de son représentant, le curé. II était le chien de garde de la tradition et de la survivance canadienne-française.

 

Le clergé, pour ce faire, contrôlait étroitement l'enseignement et les services de charité publique. Au pays du Québec, rien n'avait changé! Généralement, l'évêque du lieu soutenait bien ses prêtres. Certains diocèses avaient tellement de prêtres que des paroisses avaient deux ou trois vicaires à leur service. Aujourd'hui, on s'estime bien chanceux d'avoir un prêtre résidant.

    Dimanche 30 août 2009

Par: Gribouilleur | Permalien | 2 commentaires |

Voyage aux " States " en 1915


Aller aux États-Unis au début du siècle n’était pas de tout repos et pour vous en faire part, voici une lettre d’une voyageuse qui a écrit à mes grands-parents lors d’un de ces voyages avec une auto du temps, une Overland.


Vendredi le 23 Juillet 1915


Nous partons de St-Lazare à sept heures et demie pour un voyage à Waterbury, Vermont.  À  quelques arpents du village dans la petite montée à l’autre coté de chez M. Bolduc, voilà que la machine bloque.  Réparations : alors il faut monter la côte à pied. Ensuite ça va bien, nous arrivons à Ste-Claire chez le tailleur Fortin, on prend un verre de bière d’épinette puis nous nous apercevons qu’on a oublié nos pinces dans la petite côte chez Bolduc. Alors nous en achetons une paire à Ste-Claire, ensuite nous partons pour Ste-Hénédine. Nous saluons sans entrer l’oncle Célestin  Bouffard et tante Léda. De là, nous passons à St-Maxime de Scott, Ste-Marie de Beauce,  Å midi, nous entrons au garage à Valley-Jonction, l’engin fait défaut, il n’y au garage qu’un jeune homme de 15 ans très délicat. Il commence l’ouvrage, Ernest travaille tout le temps avec lui, ils croyaient faire le travail dans une couple d’heures mais il faut tout démancher l’engin. Le sortir complètement. Pendant ce temps nous prenons notre diner dans une balançoire en plein soleil. Ensuite nous cherchons un peu d’ombre dans le champ mais il n’y a qu’un arbre, nous profitons de cette ombre pour nous coucher jusqu’à 4 heures.


Ensuite, pour trouver une chambre de toilette, il faut se rendre à l’ombre d’un rocher  et finalement nous prenons notre souper au même hôtel que le diner dans la balançoire.  Finalement le propriétaire du garage nous dit que nous ne pouvons pas partir le soir de sorte qu’il nous conduit lui-même à l‘hôtel « Manoir Bilodeau »  nous louons 2 chambres et nous passons une bonne nuit. À cinq heures, samedi matin le 24, nous repartons espérant continuer notre route. À six heures nous sommes à St-Joseph, nous passons le pont, pas très loin il y a une vilaine côte à monter, ensuite ça va très mal, il y a quelque chose qui ne va pas dans la « GUIRE » en arrière. On se rend avec difficultés à St-Frédéric chez Vital Labbé le fromager. Il y a un forgeron, ils démanchent les roues en arrière et travaillent jusqu’à midi.


Nous repartons, c’est pire qu’avant de sorte que quand nous arrivons à East Broughton, un gentil et brave cultivateur qui passe avec un cheval nous accroche et nous fait monter la côte. Il nous rend au village en face de l’église, il est 2 heures p.m.  Nous prenons notre dîner sous un balcon, nous allons à un petit restaurant  pour acheter des oranges, des bananes et des bonbons. Ernest a téléphoné à Thedford-Mines  pour faire venir des morceaux. Tout arrive en train de dix heures du soir. Nous avons couché chez Omer Goulet, nous avons visité l’église qui est très belle et le cimetière. Le curé est un monsieur Lafrance et le forgeron M. Cliche. Nous continuons notre route le dimanche matin. À Thedford-Mines, nous arrêtons au garage pou prendre de la gazoline, de l’huile et de la graisse. Nous passons à Black Lake, nous mangeons sur le bord du lac.


Nous passons Coleraine, Disraeli, nous arrêtons au garage pour prendre de la graisse. Nous passons Garthby, St-Gérard là on prend de l’eau. Ensuite Weedon, Marbleton, Bishops’ Crossing, Avant d’arriver à East Angus il faut acheter un trait de fer et emprunter une autre chaine à billots pour pouvoir se rendre au village. Il est venu un gros orage et le chemin glaiseux est impraticable. Nous montons la côte à pied et on se rend à l’hôtel pour se laver et changer de bas. Il faut passer par Coohshire parce que le chemin est plus beau.


À Lennoxville on se rend au garage, la « GUIRE »  est encore cassée, on en fait venir une de Sherbrooke, ça ne prend pas de temps et pendant la pose, nous allons à la maison privée du propriétaire du garage. La dame parle seulement anglais de sorte que nous ne comprenons rien.


Nous reprenons la route. De très belles places, mais beaucoup de chemins en réparation, nous passons sur des tas de roches. À 2 heures de l’après-midi, nous arrivons aux lignes de Derby Lines. On passe à Newport, on prend de la gazoline ensuite on passe à Coventry , Troy, Wailfield, Eden Park.


Pour le retour tout s’est assez bien passé jusqu’à l’arrivée de la côte croche de St-Lazare, la conduite a fait défaut et s’est échoués sur le côté de la route. Heureusement il y a plus de peur que de mal. On a fait un beau voyage.


Marie-Anne Bilodeau institutrice.

    Dimanche 2 août 2009

Par: Gribouilleur | Permalien | 14 commentaires |

D'hier à aujourd'hui

Dans notre communauté, nous avons beaucoup de bricoleurs, dont je fais partie.  C'est ce qui me permet de vous illustrer ce qu'est un "bricoleur".

Un bricoleur ne s'amuse pas, il travaille;

Un bricoleur ne fait jamais d'erreurs, ce sont ses plans qu'il modifie;

Un bricoleur n'a jamais trop d'outils, la preuve c'est qu'il en achète tout le temps;

Un bricoleur ne fait pas de choses inutiles, il les fait au cas où il en aurait besoin;

Un bricoleur ne s'arrête jamais, il ne fait qu'admirer son travail;

Un bricoleur ne se fait jamais mal, ce sont ses outils qui le blessent;

Un bricoleur ne garde pas toutes ses petites retailles, c'est qu'il n'a pas le temps de les jeter;

Un bricoleur ne frappe jamais à côté d'un clou, c'est le clou qui a bougé;

Un bricoleur prend bien toutes ses mesures.  Quand elles n'arrivent pas, c'est que la règle est trop courte;

Un bricoleur fait tout, excepté ce qu'il a à faire.

Si vous vous reconnaissez dans ce texte, vous êtes un vrai bricoleur et toutes les permissions vous sont accordées pour l'obtention d'un diplôme !


 

À Sainte-Anne-des-Plaines, il y a des gens qui ne se lassent pas d'être bénévoles, dans toutes les sphères d'activités.  À ceux-là, je dédie ce texte poétique de Claire Laffont.

Il y a des gens
Qui savent comment
Rendre les autres heureux
On dirait que cela fait partie d'eux
Ils ont toujours le bon mot
Comme il faut, quand il faut
Qu'il s'agisse d'encourager
Ou de féliciter
Ils sont prêts à aider
Sans même qu'on ait à leur demander
Ce sont des êtres
D'une telle générosité
Qu'il suffit de les connaître
Pour tout de suite les aimer

Aussi longtemps
Qu'il y aura des gens comme eux
Aussi disponibles en tout
Il y aura des gens comme moi heureux
De les remercier beaucoup !

    Samedi 7 mars 2009

Par: Gribouilleur | Permalien | Ajouter un commentaire |

Le café Chez BILL

Aujourd’hui, dans presque toutes les municipalités, il y a des endroits pour le rassemblement des jeunes.  Dans les années 1940, il n’y avait rien de cela.  Pour se rassembler, un besoin de lieu s’est fait sentir.  Un jeune homme et sa famille se sont presque fait un devoir de répondre à cette exigence.

 

Cette famille possédait un hôtel de grand style, qui avait eu ses raisons d’être lorsque les chemins de campagne n’étaient pas déblayés et que le seul moyen de locomotion digne de ce nom était l’attelage de chevaux aux sleighs « borlots et carrioles ».  la plupart des visiteurs étaient des commis voyageurs qui demeuraient plusieurs jours dans la municipalité.  Il fallait qu’ils logent quelque part.  L’hôtel et son écurie adjacente étaient donc tout désignés.

 

Après la seconde Guerre mondiale, le déblaiement des chemins fut étatisé et la plupart des chemins des municipalités étaient ouverts aux automobiles.  Avec ce changement de voies carrossables, l’achalandage de l’hôtel avait diminué, les visiteurs pouvant retourner le même jour. 

 

Roger « BILL » et sa famille comprirent cette situation.  C’est alors qu’ils prirent la décision de convertir une partie de l’hôtel en café restaurant.  Un grand comptoir au fond de la salle, accompagné de tabourets alignés, des tables, des bancs, ainsi qu’un juke-box qui se faisait alimenter d’un 10 sous et qui répondait d’une musique ou d’une chanson qui permettait à certains braves d’exécuter quelques pas de danse.

 

Dans une autre salle, un comptoir se dressait pour la naissance de la caisse populaire locale.  Une autre chambre était aménagée pour la visite d’un médecin.  L’hôtel était devenu un véritable centre communautaire.

 

Ce café restaurant fut pour ceux de ma génération un milieu social des plus appréciés.  Le droit de fréquenter Chez BILL était presque une consécration à la vie d’adulte.  C’est à ce comptoir que plusieurs d’entre nous avons dégusté nos premiers hot-dogs et hamburgers avec un Coca-Cola.  On pourrait également témoigner de plusieurs rencontres affectives et amoureuses qui s’y sont concrétisées.il faut dire aussi que le café était bien tenu.  Il n’était même pas l’objet des critiques de certaines âmes vertueuses du temps. 

 

L’écurie a ensuite subi quelques changements appropriés.  En premier lieu, on en fit une salle de réception.  Il y a 52 ans, c’est à cet endroit qu’a eu lieu la réception de mon mariage, comme ce fut le cas pour plusieurs autres de ma génération.  Cette salle a également servi de salon funéraire.  Plusieurs de mes proches y ont été exposés.  Aujourd’hui, l’hôtel a été converti en centre d’accueil et la salle sert d’entrepôt.

 

Quand je visite mon petit village et que je revois ce bâtiment bien entretenu qui a conservé son style, je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement au cœur et de revoir dans ma matière grise une partie de ma vie dont je ne conserve que de bons souvenirs.

 

Pour ce café restaurant portait-il de nom de BILL ?  C’est parce qu’il appartenait à la famille Bilodeau et que le responsable du café, Roger, était surnommé BILL.  Cette belle famille était innovatrice en tout genre, accueillante, généreuse, avec un grand respect mutuel de tous les gens.

 

Roger « BILL » avait des talents d’organisateur.  Il montait des pièces de théâtre amateur que nous appréciions beaucoup.  Très sportif, il fut le cofondateur du club de hockey les Lions de Saint-Lazare et s’impliquait beaucoup dans d’autres activités.  Il a aussi eu une carrière de fonctionnaire, dans laquelle il excellait.  Après une retraite où il a passé plusieurs hivers en Floride, il est décédé il y a une douzaine d’années.

 

Si je vous ai raconté cette partie de ma jeunesse, c’est pour rappeler aux aînés de mon âge qu’en cherchant, ils trouveront un lieu et des gens qu’ils ont appréciés.  Pour les plus jeunes, regardez autour de vous : il existe des lieux de rencontres agréables et des gens merveilleux, comme la famille à BILL.

    Dimanche 18 janvier 2009

Par: Gribouilleur | Permalien | 2 commentaires |